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extrait "BACKYARD" - installation-vidéo, dimensions variables - 2010
De la projection à l'installation, la plus grande partie de mon travail consiste en des dispositifs vidéo : des suites d'images, certaines rattachées plus ou moins explicitement au réel, d'autres au contraire totalement simulées. Ces fragments vidéo font certes, la plupart du temps, l'impasse sur le scénario; pour autant il ne s'agit pas d'"anti-fictions" en ce sens que leurs formes elles-mêmes établissent un lien fictionnel avec le regardeur.
Le principe directeur de mes installations est la traduction. La traduction au sens de translation entre différents champs : d'un regroupement de savoir à une idée, d'une idée à un projet, d'un projet à sa forme plastique etc. Les vidéos que je réalise sont souvent le fruit de ce processus : le texte est transposé, transporté jusqu'à l'image. La plupart de mes productions sont en fait des bouts de récits. Les mots sont vidés de leur sens pour ne laisser apparaître que la surface des lettres, et ainsi poser la question de leur épaisseur propre. Toutefois, je ne fuis pas le sens dans le but d'offrir une pure expérience esthétique. Le sens est bien là, en transparence, mais il n'est plus au service d'une morale sous la fiction.
Par ce questionnement de l'image et du récit, j'explore, ce que Jacques Rancière nomme "les temps consensuels" (Jacques Rancière, Chronique des temps consensuels, Seuil, 2005) : cette époque appelée aussi contemporaine, des années soixante à nos jours, et sur laquelle le recul historique est par nature quasiment impossible. J'explore donc, et je le fais par fragments, avec le différé de la traduction. Chaque installation tend ainsi vers le "hors champ", et donc la disparition
Quant à mes références, la plupart sont reconnaissables, puisées dans la littérature ou l'histoire de l'art. Mais mon travail s’attache aussi à la mémoire dans ce qu'elle a d’immédiat et de détraqué, dans ce qu’elle a d’analogue au processus de traduction.
E.M - L.S
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